Le marché obscur d'internet

08.08.2018

Deux étudiants en informatique de la Haute école spécialisée bernoise ont développé un programme pour mesurer les flux financiers réalisés sur le darknet au moyen de la cryptomonnaie bitcoin.

On peut y acheter de la drogue, des armes ou des faux papiers d'identité. On peut aussi y louer les services de pirates informatiques et y consommer de la pornographie dure. Sur le darknet, la plupart du contenu est illégal. Mais en faire l'acquisition est aussi simple que d'acheter un livre sur Amazon ou sur Ebay. Enfin presque. «Le darknet abrite différents réseaux cachés d'internet. Il n'est pas possible d'y accéder au moyen d'un navigateur comme Firefox ou Chrome. Il faut passer par un logiciel pour y entrer - le réseau le plus populaire, et de loin, est accessible avec un navigateur appelé TOR. En outre, les sites du darknet ne sont pas référencés, c'est-à-dire qu'on ne peut pas les trouver grâce à un moteur de recherche», expliquent Julien Farine et Xavier Hennig. Les deux Biennois viennent d'achever leurs études en informatique à la Haute école spécialisée bernoise (HESB). Dans le cadre de leur travail de Bachelor, ils se sont précisément intéressés de plus près au darknet. Ils ont développé un programme qui permet de mesurer les flux financiers de Wall Street Market, la deuxième plateforme de vente la plus utilisée du réseau TOR, selon le site spécialisé deepdotweb.com. «Nous voulions connaître les revenus d'un vendeur ou d'un darkmarket», note Julien Farine. Les deux étudiants ont procédé en se concentrant sur les transferts de bitcoin, la cryptomonnaie la plus répandue du monde virtuel. «Toutes les transactions effectuées en bitcoin sont stockées dans une base de données publique appelée blockchain. Et chaque transaction contient des <clés publiques="">, des codes qui permettent d'identifier l'origine et la destination du virement de bitcoin», explique Xavier Hennig.</clés>

Faux acheteurs

Le défi principal des bacheliers a été de déterminer lesquelles de ces transactions étaient associées à Wall Street Market. Pour ce faire, ils se sont faits passer pour des acheteurs sur la plateforme de vente. «Nous avons feint de vouloir acquérir des documents en format PDF. Il s'agissait par exemple de manuels qui expliquent comment fabriquer de la drogue ou des bombes. Après avoir cliqué sur <acheter>, nous recevions de la part des vendeurs les coordonnées électroniques où effectuer le virement de bitcoin. En comparant ces données avec celles des clés publiques de la blockchain, nous avons pu identifier toutes les transactions qui étaient ratachées aux vendeurs de Wall Street Market», racontent les informaticiens, dont l'échange avec les e-commerçants n'est évidemment jamais allé plus loin que ce premier contact. Avec leur programme, Julien Farine et Xavier Hennig ont mesuré le volume de bitcoin qui transite via la plateforme. «Cela correspond à un peu plus de deux millions de dollars par mois en moyenne», indiquentils. Un montant somme toute modeste. «Oui, cela permet de relativiser l'importance de ce marché. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un commerce risqué étant donné les produits illégaux qui sont échangés. Atteindre cette somme exige un degré de confiance très élevé en la plateforme de la part des acheteurs et des vendeurs», nuance Xavier Hennig. «Et pour les quatre ou cinq personnes qui administrent Wall Street Market et qui touchent des commissions sur chaque vente, l'affaire est très rentable», complète Julien Farine.

article complet (seulement disponible en allemand) | Bieler Tagblatt, 7.8.2018